mercredi 2 janvier 2013

Diego Meret - "En la pausa"




Diego Meret dans la pause

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En la pausa - Diego Meret
[Mansalva, Buenos Aires 2008 - La Uña Rota, Segovia 2011]


En la pausa de Diego Meret (Moron, province de Buenos Aires, 1977) est un livre qui nous réconcilie avec l'autobiographie, ce genre qu'une certaine médiocrité littéraire française avait fini par nous faire haïr. Avec ce texte court, on (re)découvre comment la pratique du "je" est affaire de ton, de justesse, mais aussi d'intention. Meret, dès les premières lignes, fait savoir au lecteur qu'il ne déteste ni mentir ni inventer. Ce qui compte, c'est de faire passer ce qu'il convient de faire passer, construire un regard poétique sur soi, car c'est bien au travers de celui-ci que l'on touchera le lecteur.

En la pausa, qui a gagné le premier prix lors du concours de littérature autobiographique Indio Rico, décerné par Ricardo Piglia, Edgardo Cozarinsky et Maria Moreno (excusez du peu), raconte l'histoire d'un apprenti écrivain, ouvrier dans une usine textile, né dans une maison où il n'y avait qu'un seul livre. Construit par fragments (ceux de la "pause", soit l'incertaine idée d'une latence : la pause pendant le travail synonyme d'une vie "en attente"), il narre avec humour, par circonvolutions, les préoccupations d'un écrivain en herbe, en quête à la fois d'une compréhension de lui-même et de la mémoire (c'est à dire une inconnue), mais encore d'une compréhension (justification, peut-être) de sa nécessité d'être écrivain et de l'égale nécessité de "s'auto-romancer" en tant qu'écrivain "potentiel".

Où dénicher ce qui nous rend romanesque ? Y a-t-il une direction dans ce que je raconte ? Ces questions, au premier abord naïves ou idiotes (plus d'une fois l'auteur se présente dans En la pausa en tant qu'idiot, que type pas très intelligent), sont pourtant au cœur d'un récit sans effets autres que ceux qui naissent de l'étonnement même d'écrire. Comme chez Aurora Venturini, dont je parlais il y a quelques temps, chez Meret aussi on pourrait croire que la littérature vient de s'inventer. Et pourtant, non, elle est là, avec tout ce qu'il y a à lire (formidables pages où Meret nous parle de ses heures de lectures voraces, qui frôlent le pilotage automatique, volées à une vie quotidienne plombée par un travail aussi omniprésent qu'épuisant) ; elle est là encore comme impulsion, comme appel. Ainsi, Meret se met à écrire là où il peut, quand il le peut : des poésies écrites à la craie sur la porte des toilettes de l'usine textile où il travaille.

La pause du titre, c'est cette espèce d'intermittence qui le prend et le fige, comme déconnecté du monde, à n'importe quel moment.

Récit touchant, dont le style faussement ingénu n'est pas sans évoquer le grand Felizberto Hernandez, c'est un de ces textes qui nous rappelle, si besoin était, que la littérature aujourd'hui peut encore dire le monde, dire le soi, dire le tout.

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